Hommage à Cheikh Hamidou Kane, la parole et l’ombre lumineuse (Par Saidou Abdoul BA)

HOMMAGE À CHEIKH HAMIDOU KANE : LA PAROLE ET L’OMBRE LUMINEUSE

Inna Lillahi Wa Inna Ileyhi Rajioune.

Le Sénégal, l’Afrique et le monde des Lettres sont en deuil. Cheikh Hamidou Kane, l’enfant du Fouta devenu conscience universelle, l’auteur de L’Aventure Ambiguë, a été rappelé à Dieu hier, 4 octobre 2026.

Beaucoup parleront du grand commis de l’Etat, du philosophe formé à la Sorbonne. Nous, ses lecteurs fidèles, nous voulons parler du croyant. De l’enfant du Fouta dont la plume a toujours été guidée par la Lumière du Coran.

Pour lui dire adieu, nous avons choisi de revenir là où tout s’achève et où tout commence : les dernières pages de son chef-d’oeuvre, les pages 235 à 240, ce dialogue mystique entre Samba Diallo et son frère d’ombre.

Or, cette fin n’est pas de la littérature ; c’est le testament spirituel d’un homme qui a passé sa vie à préparer ce rendez-vous.

Bismilahi Rahmani Rahimi

Mes frères,

La fin de L’Aventure Ambiguë (pages 235 à 240) n’est pas un hasard. Si Samba Diallo dit avec tant de sérénité : « Je t’ai choisi, mon frère d’ombre et de paix. Je t’attendais. », c’est parce que Cheikh Hamidou Kane était entièrement façonné par la Parole Divine.

Avant la Sorbonne, il y eut Matam. Avant Descartes, il y eut le Maître coranique. C’est cette maîtrise précoce du Coran qui lui a donné la force de traverser et de dépasser l’ambiguïté.

Le Coran dit : « Allah est la Lumière des cieux et de la terre. » (An-Nur, 35). À la fin du livre, Samba Diallo lui répond en écho : « L’apparence et ses reflets brillent et pétillent… La maîtrise de l’apparence est apparence. »

L’auteur a compris que la lumière violente de l’Occident, ces « soleils aveuglants de l’exil » (page 236), n’est qu’artifice. Elle aveugle et elle brûle. La vraie Lumière, il la connaissait depuis l’enfance : c’est An-Nur, la clarté intérieure.

Le choix final de son héros n’est ni un suicide, ni un renoncement. C’est un retour. Quand il s’écrie : « Où es-tu ? Je ne te vois plus… Sens comme il n’existe pas d’antagonismes… », il décrit l’état du Soufi qui atteint le Fana : l’anéantissement dans la contemplation divine.

Le Coran dit : « Tout doit disparaître, sauf la Face de ton Seigneur. » (Ar-Rahman, 26-27). Samba Diallo ne meurt pas, il disparaît dans cette Face.

Hier, Cheikh Hamidou Kane a fait le même choix. Pour lui, l’ombre n’est pas ténèbres. L’ombre est fraîcheur. L’ombre est paix. C’est l’ombre protectrice du Trône d’Allah au Jour ultime. Sa foi lui a enlevé toute peur. Il savait que : « Dans la forteresse de l’instant, l’homme, en vérité, est roi… Au coeur de l’instant, voici que l’homme est immortel. » Cet instant, c’est celui de la rencontre avec son Seigneur.

Aujourd’hui, nous ne pleurons pas un simple écrivain. Nous raccompagnons un Hafiz, un sage qui a su unir l’école coranique de son père et l’école occidentale. Il nous montre que l’on peut choisir l’ombre sans renier la lumière.

Nous avons fait le choix de ce dialogue entre Samba Diallo et son frère d’ombre pour tisser cet hommage à la mémoire de notre maître, Cheikh Hamidou Kane l’intemporel. Par la force de sa foi et de sa plume, il a réussi la prouesse de mourir et de rester en vie

Voilà pourquoi Cheikh Hamidou Kane ne meurt pas.

Les grands corps passent, les grands écrivains restent. Et lui, il reste deux fois : dans nos bibliothèques et dans nos cœurs de croyants.

Il nous laisse une leçon ultime, à nous tous, enfants de l’ambiguïté, tiraillés entre la tradition et la modernité : on ne se perd pas quand on a la Parole comme boussole. On retrouve le chemin. On retrouve la paix.

La mer dont il parlait à la dernière page, « Mer, la limpidité de ton flot est attente de mon regard… Je te veux, pour l’éternité », l’a enfin accueilli.

Puisse cette mer être l’Océan de la Miséricorde divine.

Yo Allah Yuurmomo Yaafomo.

Lui qui a maîtrisé Ta Parole sur terre, accueille-le dans la Lumière de Ta Parole au Ciel.

Yo Allah Haarnamo Aljanna Firdawsi, là où s’arrête l’aventure ambiguë et où commence la clarté éternelle.

Aamiin Ya Rabbal Alamiin.

Saïdou Abdoul Bâ

Un disciple dans l’ombre

Matam, le 5 Octobre 2026

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