L’inquiétude monte de plus en plus dans les villages situés le long du fleuve Sénégal et ses affluents. La situation cauchemardesque de l’hivernage dernier, suite au débordement de ce cours d’eau, perturbe encore leur sommeil. L’eau avait envahi des maisons et des périmètres rizicoles, causant de nombreux dégâts.

Dans toutes les localités de l’ile à Morphil, cette bande de terre comprise entre la rive gauche du fleuve Sénégal et son affluent le Doué, que se partagent les quatre arrondissements de Podor, les populations ne dorment que d’un seul œil. Le souvenir douloureux de cette période, est toujours vivace.

« Nous avons frôlé la catastrophe. Grâce à la solidarité des voisins nous avons été évacués au milieu de la nuit, l’eau nous avait encerclé et notre village ressemblait à l’ile de Gorée », se souvient Aly Mbodj habitant de Déguimbéré, un village de la commune de Fanaye.
La localité est située entre la rive droite du marigot le Ngallenka et le fleuve Sénégal. Une position que partage Déguimbéré avec Fanaye Walo.

« Pendant l’hivernage dernier, nuit et jour, les jeunes se sont mobilisés pour lutter contre l’avancé de la crue et protéger nos populations. C’était très pénible. Cependant le sous préfet de l’arrondissement de Thillé Boubacar, Giry Tall Faye et le maire, Aliou Gaye nous ont grandement assisté. Ils suivaient régulièrement la situation. Même le gouverneur s’était déplacé », se souvient Abou Sarr, un des responsables de la Comité de crise que le village avait mis sur pied pour gérer la situation.

Plusieurs bonnes volontés avaient manifesté leur soutien par des contributions matérielles et financières, selon Abou Sarr. La situation est la même dans la commune de Guédé Village. Notamment à Doué, village situé dans l’intersection formée par la rencontre entre le fleuve Sénégal et son affluent le Doué.
« Ironie du sort, nous habitants de cette localité, nos malheurs nous viennent de ce cours d’eau qui pourtant porte le nom de notre village », selon le chef du village de Doué, Hamat Watt, ajoutant « même la localité la plus proche n’était accessible que par pirogue. Heureusement, l’Association des ressortissants du village de Doué avait acheté une vedette d’une capacité de plus de 30 places et un moteur de 40 cv pour rallier Podor en cas d’évacuation sanitaire et autres besoins ».
Dans l’attente de l’intervention de l’Etat pour cet hivernage, des initiatives endogènes voient le jour au niveau de plusieurs villages.
L’année dernière, suite au débordement du fleuve Sénégal et de son affluent la Falémé, le gouvernement avait annoncé un programme de soutien et d’assistance aux sinistrés des eaux pluviales et de la crue des cours d’eau, dont le montant était de 8 milliards de FCFA.
Mieux, il avait dit sa volonté de sécuriser ces localités riveraines des cours d’eau par un programme de réhabilitation des digues de protection.
L’attente se fait longue. Les populations ont finalement opté pour la résilience et la mise en place des solutions endogènes.
« A Fanaye Walo, nous avions organisé une cagnotte gérée par le Comité de crise. Avec, les contributions des villageois d’ici et de la diaspora et d’autres bonnes volontés, nous avons débloqué actuellement 3 millions pour colmater les brèches sur notre digue complètement dégradée », a révélé Abou Sarr.
La démarche fait actuellement tâche d’huile dans presque beaucoup de localités.
C’est le cas à Doué où déjà plus de 500 mètres, sur la digue de 3 kilomètres, qui ceinture le village, ont été réalisés par les populations.
« Nous avons décidé de prendre les devants compte tenu, des énormes difficultés vécues l’hivernage passé où nous avons frôlé le pire. Ces travaux nous ont coûté 9.893.000 francs. Le sous préfet de Gamadji Saré, Mamadou Sy, est venu constater les travaux », a soutenu le chef du village de Doué, Hamat Watt.
« Cependant Doué n’est pas encore totalement sécurisé. Nous avons identifié encore 700 mètres, sur des points critiques à renforcer. Tous ces moyens ont entièrement été mobilisés par les villageois d’ici et de la diaspora »
Mboyo, dans la commune de Guédé Village, a également entamé des travaux de réhabilitation de sa digue de protection.
« Tout les mois de septembre et octobre de l’année dernière nous avons souffert. Des brigades de surveillance se relayaient tous les jours au niveau des points critiques pour intervenir en toute urgence », a rappelé le secrétaire général de Dental Bamtaare Mbooyo (Association de développement de Mboyo), Hamet Amadou Ly.

« Pour ne pas revivre le calvaire de 2024, nous avons décidé de réaliser des travaux au niveau des points les plus vulnérables de la digue de protection. Déjà nous avons investi près d’un million de francs CFA », dit-il.
D’autres localités attendent encore, l’intervention de la direction de la Prévention et de la gestion des inondations (DPGI), qui « dans le cadre d’un partenariat avec le Génie militaire » est attendue dans des villages situés dans l’île à Morphil où est elle déjà à pied d’œuvre à Dara Halaybé.