NOTE POLITIQUE
BAMBALY : LAISSONS SADIO MANÉ INVESTIR, PRODUIRE ET CRÉER DES EMPLOIS
Je veux d’abord saluer Sadio Mané.
Pas le footballeur cette fois-ci. Nous connaissons tous son parcours et ce qu’il a déjà donné au Sénégal sur les terrains.
Je veux saluer l’investisseur sénégalais qui décide de mettre une partie de ce qu’il a gagné par son talent et son travail au service de son pays, de son terroir et de l’économie réelle.
À Bambaly, il ne vient pas annoncer un gala, une opération de prestige ou une dépense sans lendemain. Il engage 11,7 milliards de FCFA dans un projet agro-industriel de 500 hectares, tourné vers la mangue, sa transformation et sa valorisation. Plus de 1 000 emplois directs sont annoncés à terme.
Voilà précisément le type d’investissement dont le Sénégal a besoin.
Transformer ici ce que nous produisons ici. Créer de la valeur ajoutée. Donner du travail à des jeunes et à des femmes. Construire des débouchés pour les producteurs. Faire vivre une économie locale au-delà de Dakar.
Nous devons encourager cette voie.
Et j’aimerais voir demain d’autres sportifs sénégalais, d’autres membres de notre diaspora, d’autres entrepreneurs ayant réussi à l’étranger investir de la même manière dans l’agriculture, l’industrie, le tourisme, la santé, le numérique ou la transformation de nos ressources.
L’État doit les accompagner. Quel que soit le régime en place. Quelle que soit leur sensibilité politique.
Parce que lorsqu’un Sénégalais investit utilement dans son pays, ce n’est pas un parti politique qui gagne. C’est le Sénégal.
2029 N’AVAIT RIEN À FAIRE À BAMBALY
C’est justement pour cette raison que j’ai été surpris de voir la politique politicienne s’inviter dans cette cérémonie.
Ousmane Sonko a rappelé son rôle dans l’orientation et l’accompagnement du projet. Il a expliqué avoir échangé avec Sadio Mané dès 2023 et l’avoir encouragé à privilégier l’agro-industrie. S’il a effectivement contribué à faciliter cet investissement, tant mieux. C’est aussi le rôle des responsables publics d’aider ceux qui veulent investir dans leur pays.
Mais fallait-il aller plus loin ?
Fallait-il, même sur le ton de la plaisanterie, parler d’une éventuelle candidature de Sadio Mané en 2029 ?
Fallait-il lui expliquer que s’il venait à entrer en politique, il trouverait Ousmane Sonko devant lui ?
Fallait-il même lui dire qu’il pourrait être battu jusque chez lui, à Bambaly ?
Je sais reconnaître une plaisanterie. Et je ne vais certainement pas transformer une boutade en crise politique.
Mais il y a des moments où un responsable public doit aussi savoir s’effacer devant la portée d’un événement.
Cette journée appartenait d’abord à Sadio Mané, à Bambaly, aux futurs travailleurs de ce projet et à l’investissement productif sénégalais.
Pas à 2029.
Nous avons suffisamment de rendez-vous politiques dans ce pays pour ne pas transformer chaque tribune, chaque inauguration et chaque rassemblement populaire en avant-goût de la prochaine présidentielle.
La politique a sa place. L’économie aussi.
Et lorsqu’un compatriote engage plusieurs milliards de son propre argent pour créer une activité productive dans une région du Sénégal, la responsabilité des dirigeants est d’accompagner, de faciliter et d’encourager.
Pas de ramener immédiatement la conversation à leur propre avenir politique.
LE VRAI MESSAGE DE BAMBALY EST AILLEURS
Je retiens surtout une phrase de Sadio Mané.
Il a expliqué qu’il ne voulait pas seulement que l’on se souvienne de lui pour ses buts et ses trophées, mais également pour ce qu’il aura construit pour sa communauté.
Voilà une parole qui mérite notre attention.
Parce que notre pays a besoin de capitaux sénégalais.
Nous parlons beaucoup des investisseurs étrangers. Nous avons raison de vouloir les attirer. Mais nous devons aussi créer les conditions pour que ceux de nos compatriotes qui ont réussi puissent investir au Sénégal sans parcours du combattant, sans clientélisme et sans obligation de proximité politique.
Un investisseur national ne doit appartenir à aucun camp pour être accompagné par son État.
Aujourd’hui Sadio Mané investit dans l’agro-industrie.
Demain, Kalidou Koulibaly, Gana Gueye, Édouard Mendy ou d’autres sportifs peuvent décider de consacrer une partie de leurs ressources à des entreprises productives au Sénégal. Notre diaspora économique peut en faire autant.
Encourageons-les.
Aidons-les.
Et surtout, ne leur donnons jamais le sentiment qu’un investissement au Sénégal doit devenir l’occasion d’une récupération politique.
Sadio Mané a parfaitement le droit d’inviter qui il souhaite à Bambaly. Ce n’est pas le sujet.
Le sujet est plus simple : lorsqu’un Sénégalais investit 11,7 milliards pour produire, transformer et créer des emplois, la République doit l’accompagner sans chercher à lui voler la lumière.
Il y a un temps pour les compétitions politiques.
Et il y a un temps pour construire le Sénégal.
À Bambaly, ce samedi, le plus important n’était ni 2029, ni une candidature, ni de savoir qui battrait qui.
Le plus important était cette première pierre.
Parce que si le projet réussit, longtemps après que nos querelles politiques auront été oubliées, des Sénégalais continueront d’y travailler, des producteurs continueront d’y vendre leurs récoltes et de la richesse continuera d’y être créée.
C’est cela que nous devons retenir de Bambaly.
Et c’est cela que nous devons multiplier partout au Sénégal.
Abdoulaye WILANE
Porte-parole du Parti Socialiste du Sénégal