Matam, où la politique de la flagornerie envers les élites prend le dessus sur la loyauté ! (Par Djibril Diaw)

Matam, où la politique de la flagornerie envers les élites prend le dessus sur la loyauté !

À Matam, le temps politique semble avoir consacré une curieuse tradition : celle de voir certains responsables se rapprocher rapidement de tout nouveau pouvoir, parfois au prix d’un oubli tout aussi rapide de leurs anciens compagnons.

Jeunes directeurs généraux, directeurs, anciens ministres, présidents de conseil d’administration et présidents de conseil de surveillance, maires ou responsables politiques semblent, pour certains, avoir fait de l’adaptation au pouvoir une véritable méthode de survie politique, que dis-je ! De gagne-pain. Ceux qui hier encore défendaient farouchement les couleurs d’Abdoulaye Wade ou de Macky Sall se retrouvent aujourd’hui aux côtés des nouvelles autorités, parfois avec une facilité qui interroge sur la solidité des convictions affichées hier.

Le problème n’est évidemment pas de changer d’opinion politique. En démocratie, nul n’est prisonnier éternellement d’un parti ou d’un leader. Le véritable sujet est ailleurs : que reste-t-il de la loyauté, du compagnonnage et de la dignité politique lorsque le changement de camp semble systématiquement coïncider avec l’arrivée de nouveaux privilèges ?

À force de courir derrière chaque nouveau pouvoir, certains responsables finissent par exposer au grand jour leurs propres contradictions. Ils mettent à nu des années de militantisme, de fidélité proclamée et de discours politiques, donnant l’impression que les convictions peuvent être réajustées au gré des circonstances.

Et c’est peut-être là que se trouve l’une des grandes faiblesses politiques de Matam : à force de vouloir plaire à tous les pouvoirs, on finit par ne plus peser réellement sur aucun.

Car un territoire ne gagne pas en considération simplement parce que ses responsables savent se rapprocher du pouvoir en place. Il gagne en respect lorsque ceux qui le représentent savent défendre ses intérêts, y compris lorsque cela exige de dire non, de contester une décision ou de rappeler au pouvoir ses responsabilités.
Car, Matam manque de tout ou presque.
Le chômage endémique des jeunes. L’absence ou l’inexistence tout totale des cadres de Matam dans l’actuel gouvernement ne semble guère interroger ces responsables.

La question mérite donc d’être posée : Matam souffre-t-elle d’un déficit de représentation politique ou d’un excès de flagornerie envers le pouvoir ?

Les exemples ne manquent pas et méritent d’être examinés, sans passion inutile, mais avec la rigueur que commande la vie publique.

Le cas d’Abdoulaye Sally Sall, ancien ministre d’État et maire de Nabadji, mérite à cet égard d’être observé. Son parcours politique et ses différents positionnements au fil des régimes soulèvent une question essentielle : jusqu’où peut-on réinventer son discours politique au gré des changements de pouvoir sans fragiliser la crédibilité de son engagement auprès des populations ?

Autre cas qui interpelle : celui d’Aliou Sall, ancien directeur général de l’ANEC et premier adjoint au maire de Bokidiawé. Là encore, l’évolution des positionnements politiques pose la question de la fidélité aux compagnonnages d’hier et, surtout, de la cohérence entre les convictions affichées hier et les rapprochements opérés aujourd’hui. De son mentor Kalidou Wagué, en passant par la rupture politique entre ce dernier et Farba Ngom, pour garder ses privilèges de DG de l’ANEC, jusqu’à la maison « Kiiraayenne ». Sacré parcours de combattant, ou plutôt d’opportuniste !

Plus récemment, le parcours de Barka Cissé, aujourd’hui à la tête du CROUS de Matam, illustre à son tour cette mobilité politique qui semble gagner certains responsables de la région. Après avoir cheminé dans l’univers politique de Macky Sall, jusqu’à intégrer les 4000 cadres de PASTEF, son positionnement actuel aux côtés du pouvoir du Président Bassirou Diomaye Faye nourrit naturellement le débat sur la constance politique et la nature des engagements pris au fil des années.

Il ne s’agit pas ici de condamner le droit de chacun à changer de parti, de camp ou même de conviction. La liberté politique est un principe démocratique et nul ne devrait être condamné à une fidélité éternelle envers un homme ou une formation politique.

Mais lorsque ces changements deviennent récurrents et semblent systématiquement accompagner l’arrivée d’un nouveau pouvoir, une question légitime surgit : s’agit-il encore de convictions politiques ou d’une stratégie permanente de proximité avec le pouvoir ?

C’est précisément à ce niveau que le malaise devient collectif. Car lorsque les représentants d’une région donnent au pouvoir l’impression que leur priorité est de se rapprocher de lui plutôt que de défendre, avec fermeté, les intérêts de leur territoire, pourquoi ce même pouvoir ressentirait-il l’urgence de prendre leurs revendications au sérieux ?

Une région ne gagne pas le respect des gouvernants par la flagornerie de ses élites. Elle le gagne par la force de ses convictions, la constance de ses engagements et la capacité de ses représentants à défendre ses intérêts, quel que soit le pouvoir en place.

Djibril Diaw
Matamois indigné.

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